Qui gagnera la bataille de la maison intelligente ?

Pour faire le commentaire de la forte présence de la domotique lors du CES 2017, Les Échos ont fait appel à Guillaume Tessier (CEO d’Objetdomotique) en lui accordant une interview décryptant les tendances actuelles et en devenir du Smart Home.
Retrouvez ici l’interview sur le site des Échos.

 

Les Échos - qui gagnera la bataille de la maison intelligente ?

Guillaume Tessier les échos

Est-ce que la maison connectée va réussir là où la domotique a échoué ?

Trop contraignante, la domotique n’a jamais vraiment percé. Il fallait tirer des fils dans toute la maison, raccorder les différents éléments à un tableau de contrôle fixé au mur… Le concept de « smart home » simplifie les usages. Tablette ou smartphone à la main, le particulier pilote son portail, les volets, le chauffage, l’éclairage ou les caméras de surveillance. Des scénarios permettent de synchroniser les équipements en fonction des habitudes et emplois du temps des occupants.
Mais faire communiquer entre eux ces objets n’est pas chose aisée. Chaque acteur a développé son protocole de communication, dont certains sont fermés, comme celui de Thomson. Se pose aussi la question du contrôle à distance de ces objets connectés. En France, on assiste à la guerre des réseaux bas débit orientés IoT, entre Sigfox et LoRa (Orange, Bouygues Telecom).

Est-ce la multiplicité des acteurs qui crée la confusion ?

Les géants du Web, les opérateurs télécoms ou des industriels plus traditionnels comme Legrand ou Siemens veulent fournir le « hub », c’est-à-dire la prise multiple sur laquelle tous les objets se connectent. Chacun tente de rallier un maximum de partenaires sans qu’aucun standard émerge.

Pour faire partie de l’écosystème d’Apple, Google ou Amazon, un fabricant doit se plier à leurs règles. Bien que très performant, le détecteur de présence Netatmo n’est, par exemple, pas compatible avec la plateforme Home Kit d’Apple. Un particulier ne va pas changer de chaudière parce qu’elle ne communique pas avec tel thermostat connecté !

Par ailleurs, le choix des Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) soulève la question de la confidentialité des données. Avec la maison connectée, on touche à l’intime. Qui a envie que les données liées à son mode de vie soient exposées dans le cloud ? En France, La Poste entend jouer ce rôle de tiers de confiance avec son « Hub Numérique », une application mobile qui fédère différents services connectés.

Si les consommateurs reconnaissent les avantages de la maison intelligente, ils hésitent à sauter le pas. Comment installer ces objets connectés, les paramétrer ? À qui m’adresser pour le support ? C’est pour toutes ces raisons que la bataille est, pour moi, celle du dernier kilomètre. Ma société procède d’ailleurs à la constitution en France d’un réseau d’artisans formés à l’installation à domicile d’objets connectés.

Pourquoi les assureurs s’intéressent-ils au maintien à domicile des personnes âgées ?

Le maintien à domicile des personnes fragiles est l’autre enjeu de la maison connectée. Avec la robotique et des objets connectés comme des détecteurs de présence pour signaler les chutes, on estime que l’on peut repousser la dépendance de deux ans.

Un enjeu de société mais aussi économique, sachant que le placement d’un senior dans un établissement spécialisé (Ehpad) revient à 3 000 euros par mois, dont la moitié est à la charge de l’assurance complémentaire santé.

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